Tension arterielle | Mesurer ses constantes de santé
Pourquoi les femmes sont-elles plus exposées au risque cardiovasculaire ?
D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies cardiovasculaires (MCV) constituent la première cause de mortalité chez les femmes 1. Pourtant, selon la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes, 8 décès sur 10 pourraient être évités grâce à une prise en charge globale alliant prévention, éducation et dépistage précoce. Connaître vos facteurs de risque et adopter les bonnes stratégies est donc essentiel pour vous protéger d’affections graves comme l’accident vasculaire cérébral (AVC), l’infarctus ou l’insuffisance cardiaque.
Maladies cardiovasculaires des femmes : un enjeu de santé publique
En 2018, l’OMS a lancé une alerte concernant la progression des maladies cardiovasculaires dans les 20 prochaines années, et particulièrement au sein de la population féminine. Chaque jour, les MCV causent le décès de 200 femmes en France 2
Si les avancées en matière de prévention, de traitement et d’organisation des soins ont permis de diviser par trois le taux global de mortalité cardio-neurovasculaire depuis 1980 3 , l’incidence des syndromes coronariens aigus (SCA) augmente de manière significative en France chez les femmes de moins de 65 ans. Forme urgente de cardiopathie ischémique, le SCA est défini comme un ensemble de signes susceptibles d’engendrer un infarctus du myocarde, une crise cardiaque ou un angor instable (douleur à la poitrine qui survient même au repos ou pour des efforts très faibles) par obstruction ou rétrécissement brutal d’une artère coronaire.
Par ailleurs, les taux de complications aiguës chez les femmes sont plus élevés (réhospitalisation, décès hospitalier, décès à 30 jours) que chez les hommes à âge égal en cas d’hospitalisation 4 . Enfin, les femmes survivant à un accident cardio-vasculaire présentent fréquemment de lourdes séquelles, entraînant vulnérabilité et dépendance.
Les spécificités du risque cardiovasculaire chez les femmes
Les femmes sont particulièrement exposées aux maladies cardio-vasculaires en raison d’une combinaison de facteurs, des prédispositions biologiques au mode de vie, en passant par les conséquences d’une prise en charge moins efficace par rapport à celle dont bénéficient les hommes.
Facteurs biologiques et hormonaux
Les femmes ont des facteurs de risques spécifiques liés à leur activité hormonale. Leur vulnérabilité augmente à 3 âges clés de leur vie : la phase de contraception, la grossesse et la ménopause.
La période de contraception
En cas d’antécédents familiaux d’accidents artériels (AVC) ou veineux (phlébite, embolie pulmonaire…), la prise de pilules oestroprogestatives de synthèse expose les femmes à un sur-risque cardiovasculaire. D’autres pathologies et troubles tels que l’endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques accroissent encore ce risque. Les résultats d’une étude américaine publiée en 2022 révèlent que le risque d’AVC est 34% plus important chez les femmes atteintes d’endométriose5 (prouvée chirurgicalement) par rapport aux femmes n’ayant jamais souffert de cette pathologie.
La grossesse
La survenue d’une prééclampsie (hypertension artérielle gravidique associée à l’apparition de protéines dans les urines) ou d’un diabète gestationnel augmente le risque de pathologie cardiovasculaire. À noter aussi que les grossesses multiples et tardives sont plus risquées pour le cœur, l’utérus et les artères utérines. Chez les femmes de 35-40 ans, les artères peuvent en effet perdre de leur élasticité, être moins larges et davantage sujettes aux dépôts ou aux altérations de la paroi.
La périménopause et la ménopause
L’arrêt de la production des œstrogènes à la ménopause entraîne une rigidification des artères, le dépôt de plaques d'athérome, et majore le risque de survenue d'une hypertension artérielle, d'AVC et d'infarctus. Après 55 ans, une femme sur deux présente une pression artérielle supérieure ou égale à 140/90 mm Hg6.
De plus, certaines femmes (ayant eu certains traitements de cancers du sein ou suivi une fécondation in vitro) ont des insuffisances ovariennes prématurées et ne sont plus réglées à partir de 40 ans, ce qui est un facteur de risque cardiovasculaire majeur.
Facteurs sociaux et comportementaux
Les femmes, qu’elles soient actives professionnellement ou non, jonglent souvent avec de multiples responsabilités. Elles tendent à prioriser les besoins des autres au détriment de leur propre santé. Recourant davantage à l’automédication et reportant fréquemment leurs rendez-vous médicaux, elles se privent d’un diagnostic salvateur. Parfois un manque de moyens financiers peut constituer un frein supplémentaire à la consultation médicale.
Par ailleurs, le stress et certaines habitudes de vie défavorables — tabagisme, sédentarité, alimentation déséquilibrée, consommation excessive d’alcool — s’accumulent avec le temps. Ces comportements augmentent les facteurs de risque associés tels que le surpoids, l’obésité ou le diabète, créant un terrain propice au développement précoce 7 des maladies cardio-vasculaires. Parmi les 380 000 femmes hospitalisées pour maladies cardio ou neurovasculaires en 2022, plus de 80 000 ont moins de 65 ans 4.
Enfin, le développement des cardiopathies ischémiques (maladies coronariennes) est également très marqué par les inégalités sociales et territoriales 8.
Différences dans les symptômes et le diagnostic
Les femmes peuvent présenter plus souvent que les hommes des symptômes qualifiés « d’atypiques » 9 (oppression dans le thorax, difficultés à respirer, troubles digestifs) et encore peu connue des soignants. De plus, les MCV sont encore trop souvent considérées comme des maladies d'homme. De ce fait, les symptômes peuvent être sous-évalués, à la fois par le corps médical, ou par la patiente elle-même et faussement attribués à une autre pathologie.
Ces biais cliniques et le manque de données relatives aux femmes expliquent les retards significatifs de diagnostic et les différences de prise en charge. Après un problème cardiaque, les femmes se voient prescrire moins de médicaments et sont moins fréquemment orientées vers des procédures de réadaptation cardiaque comparativement aux hommes 9.
Comment prévenir le risque cardiovasculaire chez les femmes ?
Pour prévenir la continuité du risque tout au long de leur vie, les femmes doivent associer prévention et identification de leurs facteurs de risque.
Prévention primaire : alimentation, activité physique, dépistage
Bouger régulièrement, manger équilibré, limiter le sel, arrêter le tabac, gérer son stress et bien dormir : ces habitudes simples renforcent la santé cardiovasculaire.
L’activité physique a un impact majeur sur la santé cardiaque, même chez les personnes atteintes de pathologies cardiovasculaires : elle fortifie le cœur, améliore la circulation sanguine (diminution de la pression artérielle), fait baisser la tension, aide à maintenir un poids sain, régule la glycémie et réduit le risque de diabète.
De plus, un suivi médical cardio-gynécologique régulier est essentiel aux trois étapes clés de la vie hormonale. L’automesure tensionnelle, surtout à la ménopause, doit devenir un réflexe.
Connaître ses antécédents familiaux est tout aussi crucial : l’hérédité joue un rôle majeur dans les maladies cardiovasculaires. C’est pourquoi, il est primordial avant tout projet de grossesse de consulter un professionnel de santé pour repérer les facteurs de risque et agir en prévention.
Prévention secondaire : prise en charge des patients à risque cardiovasculaire
Après un AVC ou en cas de MVC avérée, chaque geste compte pour éviter une récidive. Les stratégies de prévention secondaire vont de l’amélioration de l’hygiène de vie (alimentation saine, arrêt du tabac, contrôle strict de la tension, du cholestérol, du poids et du diabète) à la mise en place de mesures spécifiques (traitement antithrombotique, anticoagulant) en passant par un suivi régulier et personnalisé.
Prévention tertiaire
La prévention tertiaire vise à améliorer la qualité de vie des patients ayant des antécédents de troubles cardiovasculaires en atténuant les effets de la maladie et en prévenant les complications. Elle est axée sur la rééducation et des interventions chirurgicales : pose de stent, pontage, implantation d’un stimulateur ou d’un défibrillateur cardiaque, etc.
Rôle de la sensibilisation et de l’éducation à la santé
Plus la prise en charge d’une maladie cardiovasculaire est rapide, plus les chances de guérison sont grandes. Si vous ressentez l’un ou plusieurs de ces symptômes suivants, pensez à consulter :
- Essoufflement ou fatigue inhabituelle à l’effort ;
- Palpitations répétées ;
- Douleurs ou brûlures thoraciques ;
- Sensation d’oppression irradiant vers le bras ou la mâchoire.
En cas de douleur thoracique intense ou prolongée, appelez immédiatement le 15. Mieux vaut une fausse alerte qu’un risque ignoré.
L’infarctus pouvant aussi se manifester de façon atypique par des troubles digestifs persistants (difficulté à digérer, brûlures au niveau de l’estomac, nausées ou vomissements), restez à l’écoute de votre corps.
Les grandes initiatives nationales pour protéger le cœur des femmes
La prévention cardiovasculaire chez les femmes mobilise aujourd’hui un réseau d’acteurs engagés — associations, institutions publiques et professionnels de santé — qui déploient sur le terrain des actions concrètes pour dépister, informer et réduire les inégalités.
Le Bus du Cœur des Femmes
Lancé en 2021 par la fondation « Agir pour le Cœur des Femmes », ce dispositif itinérant va à la rencontre des femmes vulnérables partout en France. En trois jours, il permet à près de 300 femmes de bénéficier gratuitement d’examens médicaux complets (électrocardiogramme, écho-doppler), d’une formation à l’auto-mesure tensionnelle et d’un parcours de soins personnalisé.
Depuis sa création, ce bus a permis de dépister et de sensibiliser plus de 15 000 femmes et de créer un Observatoire national de la santé des femmes. L’association propose également des fiches pratiques : « Je prépare ma consultation », « Savoir lire ma prise de sang », « La consommation de sel », disponibles au téléchargement sur le site Agir pour le Cœur des Femmes pour les aider à prendre soin de leur cœur et de leurs artères.
Les actions de la Fédération Française de Cardiologie (FFC)
La FFC mène des campagnes de sensibilisation et soutient la recherche clinique. C’est notamment le cas du programme conduit dans le cadre de l’étude E3N 10 (Étude Épidémiologique auprès de femmes de la MGEN (Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale) dont l'objectif est de mettre au point un score de risque cardio-vasculaire pour les femmes en France.
Grâce à près de 300 Clubs Cœur et Santé, la FFC forme des bénévoles et accompagne les personnes cardiaques après un accident cardiovasculaire.
Le plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2023-2027)11
Piloté par l’État, ce plan intègre un axe sur la santé des femmes avec la prise en compte spécifique du risque cardiovasculaire. Objectifs : réduire les inégalités, améliorer le dépistage, et adapter la prise en charge médicale selon le genre.
Les campagnes de Santé publique France
Santé publique France déploie des campagnes nationales de promotion d’un mode de vie sain, ciblant particulièrement les populations à risque et les femmes. L’organisme collabore avec d’autres acteurs pour conduire des enquêtes épidémiologiques et élaborer des stratégies adaptées.
Femmes et risque cardiaque : prévenir et agir
Liste des maladies cardiovasculaires
Les maladies cardiovasculaires regroupent toutes les affections qui touchent le cœur et les vaisseaux sanguins. Elles comprennent principalement :- Les cardiopathies ischémiques (ou maladies coronariennes)
Elles regroupent les affections causées par l’obstruction des artères coronaires, celles qui irriguent le muscle cardiaque - Les maladies cérébro-vasculairesliées à l'obstruction ou la rupture d’un vaisseau cérébral.
- L’insuffisance cardiaque,lorsque le cœur ne parvient plus à pomper efficacement le sang.
- Les troubles du rythme cardiaque (arythmies), qui perturbent la régularité et l’efficacité des battements du cœur.
Ces maladies exposent à de nombreuses complications aiguës ou chroniques : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque, atteinte des extrémités des membres inférieurs, insuffisance rénale chronique, maladies d’Alzheimer, troubles de la vue.
Elles sont le plus souvent dues à l’athérosclérose, un rétrécissement des artères lié à l’accumulation de dépôts graisseux, mais aussi à d’autres facteurs comme l’hypertension, le diabète, le tabac ou la sédentarité.
Bon à savoir : un infarctus peut survenir sans les signaux d’alarme habituels (douleurs thoracique, essoufflement) et passer totalement inaperçu : on parle alors d’infarctus silencieux. Pour prévenir tout risque de maladie cardiaque et détecter la survenue d’un infarctus silencieux, la meilleure solution est de faire des examens réguliers.
Longtemps perçues comme une pathologie essentiellement masculine, les maladies cardiovasculaires touchent pourtant massivement les femmes, y compris des femmes jeunes. Pour lutter contre ce fléau, de nombreux acteurs publics et associatifs agissent pour sensibiliser les femmes aux risques cardio-vasculaires et les rendre actrices de leur santé.
Sources
1 OMS mai 2017. Maladies cardio-vasculaires. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/cardiovascular-diseases-(cvds)2 Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités. (2024, 13 mars). 200 femmes décèdent chaque jour en France d’une maladie cardiovasculaire. https://sante.gouv.fr/actualites-presse/actualites-du-ministere/article/200-femmes-decedent-chaque-jour-en-france-d-une-maladie-cardiovasculaire
3 European Health Information Gateway https://gateway.euro.who.int/en/datasets/european-health-for-all-database/
4 Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) Épidémiologie des maladies cardiovasculaires en France, n° Hors-série 4 mars 2025, p. 14
5 Laparoscopically Confirmed Endometriosis and Risk of Incident Stroke : A Prospective Cohort Study, Leslie V. Farland et al., Stroke, octobre 2022, https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35861076/
6 Bulletin épidémiologique Hebdomadaire (BEH) de Santé publique France, 24 avril 2018, L’hypertension artérielle en France : prevalence, traitement et contrôle en 2015 et évolutions depuis 2006 2 MM Lawes C, Vander Hoorn S, Rodgers A, « Global burden of blood-pressure-related disease, 2001 », Lancet, 2008;371:1513-1518.
7 Gabet A, Danchin N, Olié V. Myocardial infarction in women: trends of hospitalization and mortality rates, France, 2002-2013. Bull Epidemiol Hebd. 2016;(7-8) : 100-8.
8 Les femmes particulièrement exposées aux maladies cardio-vasculaires, Dr Patier-Dussauge, Fédération française de cardiologie.
9 Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner : un enjeu de santé publique. Rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), p. 20
10 E3N, Etude Epidémiologique auprès de femmes de la MGEN (Mutuelle Générale de l'Education Nationale)
11 Toutes et tous égaux - Plan interministériel pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027